La jeune femme qui changea le monde !

  • L’auteur de – La jeune femme qui changea le monde – utilise l’orthographe rectifiée qui existe depuis 1990 et dont l’objectif premier est de simplifier la langue tout en corrigeant les anomalies de l’orthographe.

Chapitre premier

— Isabelle, est-ce que vous m’entendez ? fit une voix masculine. Je viens de vous administrer une solution pour vous faire sortir du coma artificiel dans lequel nous avons dû vous plonger.

Coma ? me dis-je l’esprit envahi par une sorte de brume. Petit à petit, je sentis que j’étais allongée sur un lit. Je percevais le souffle saccadé de celui qui s’adressait à moi. Il me semblait agité, nerveux. Pour ma part, je me sentais si détendue que je n’avais même pas envie d’ouvrir les yeux. Je les laissai fermés et je me résolus à réagir à ce que je venais d’entendre.

— Coma ? fis-je tout doucement.

— À la bonne heure, fit la voix visiblement soulagée. Vous êtes de retour !

Soudain, je compris ce que cela signifiait. Je me trouvais sans doute dans un hôpital et j’avais dû avoir un accident. Je tentai aussitôt d’ouvrir les yeux, mais rien ne se passa. Je voulus porter ma main droite à mon visage et toucher mes paupières qui restaient résolument fermées malgré mes efforts, mais mon poignet se trouvait retenu au lit. L’autre bras aussi était retenu.

— Ne vous agitez pas ainsi, fit la voix, vous risquez de vous blesser!

— Mes yeux ! fis-je sur le ton du désespoir. Je ne parviens pas à les ouvrir. Que m’arrive-t-il ? Et pourquoi suis-je attachée ?

Vous avez eu un léger accident cérébral, Mme Lemire. Vous êtes restée inconsciente pendant une vingtaine d’heures. Vous ne vous souvenez pas… vous étiez à l’Institut pour une insémination. Une infirmière vous a trouvée en pleine crise.

Je m’empressai de fouiller dans ma mémoire. Je me souvins finalement qu’à l’institut on m’avait donné un relaxant pour me préparer à l’insémination, mais le reste…

— Mes yeux, mes paupières… Je perçois de la lumière, je ne suis pas aveugle ! fis-je alors que j’avais senti un changement dans la luminosité de la pièce simplement en tournant la tête.

— Vous ne l’êtes pas, je vous rassure, mais vous avez une infection aux yeux. C’est d’ailleurs elle qui est à l’origine de ce léger accident cérébral. Votre état est stable, maintenant. Mais nous avons dû coudre vos paupières ensemble afin de protéger vos globes oculaires. Je sais, ce n’est pas courant, mais la paupière constitue encore la meilleure des protections pour l’œil, dans ces cas-là. Aucun bandage ne peut rivaliser, je vous l’assure.

La jeune femme qui changea le monde, une histoire basée sur des faits plausibles qui dépassent l’imaginaire.

Cette explication ne me rassura qu’à demi, mais je me sentais tellement vulnérable ainsi attachée, sans la capacité de voir autour de moi, que je me résolus à me taire et à écouter. Comme je cessais de m’agiter, celui que je présumais être mon médecin traitant reprit ses explications :

— Dès que l’infection a été sous contrôle, on vous a fait transporter ici depuis l’hôpital. Vous êtes dans une clinique privée, en pleine campagne, loin de la ville. C’est un endroit calme, vous verrez.

— J’ai bien hâte de voir, en effet, docteur, dis-je en pince-sans-rire.

— Maxime, appelez-moi docteur Maxime, je possède cette clinique à même ma résidence depuis des années déjà. Mes patients adorent l’endroit. Et je suis heureux de voir que vous faites preuve d’humour si peu de temps après votre réveil. C’est bon signe.

— Laissez-moi toucher mon visage, je vous en prie, docteur Maxime, fis-je en tentant de dominer l’inquiétude qui grandissait en moi à l’idée que je pourrais demeurée attachée à ce lit s’il le souhaitait.

Et puis, il y avait aussi cette sensation désagréable que je ressentais. Mes cheveux me semblaient être en bataille. Je devais être affreuse. Je me dis que j’étais bien idiote de me soucier de ma chevelure et de mon apparence en un moment pareil, moi qui n’étais pas du tout coquette d’ordinaire, mais c’était plus fort que moi. J’avais une envie folle de passer mes doigts dans mes cheveux noirs. Je les avais fait couper un peu au-dessus des épaules à l’occasion du début de ma nouvelle vie, cette vie dont le passage à l’Institut de génétique et de fertilité marquait pour moi le commencement.

— Je vais vous détacher, bien entendu, fit-il. Il fallait vous empêcher de toucher vos yeux pendant votre perte de conscience, mais maintenant je crois que tout ira bien, n’est-ce- pas ?

Il libéra d’abord ma main gauche que je m’empressai de porter à mes cheveux que je replaçai d’un geste. Ils me semblèrent nettement moins ébouriffés que ce que j’avais cru. Délicatement, je touchai ensuite mon visage. Il fit ensuite le tour du lit et détacha la droite que je glissai à son tour sur mes joues puis jusqu’à mes paupières. Je ne trouvais rien d’anormal, sauf mes paupières retenues en position fermée et deux tout petits nœuds dans le fil qui les retenait en place.

— Vous vous inquiétez inutilement, Mme Lemire. Vos paupières ont été cousues en utilisant une méthode particulière, une méthode qui permettra de les libérer sans que vous conserviez la moindre trace, je peux vous l’assurer.

— Et dans combien de temps allez-vous me rendre la vue ? demandai-je en m’efforçant de dominer mon inquiétude. S’il n’y a plus d’infection, vous devriez pouvoir le faire bientôt…

— Pas vraiment, j’en ai bien peur. Vous devrez faire preuve de patience.

— Je ne comprends pas, soyez plus clair, doc. Mettez-vous un peu à ma place. Je me réveille dans un endroit inconnu, un étranger à mes côtés et je n’ai même pas mes yeux pour me rendre compte…

Il fit un silence qui me sembla durer une éternité. Un silence qui n’avait rien pour me rassurer. Finalement, il soupira et dit :

— L’infection a pu causer des dommages à vos nerfs optiques. Votre champ de vision pourrait s’en trouver quelque peu réduit. Plus tôt je libèrerai vos paupières, plus le risque de séquelles sera élevé !

Curieusement, ce qui me vint à l’esprit à ce moment-là c’est que quelque chose ne tournait pas rond dans son histoire.

— Seul le temps pourra nous dire dans quel état sont vraiment vos yeux. Vous devrez patienter un peu.

Je sentis monter les larmes et soudain, je perçus qu’elles coulaient sur mes joues. Je les essuyai avec ma main droite, lorsque je réalisai ce que je venais de faire…

— Au moins je peux pleurer si j’en ai envie, lançai-je sur un ton de dépit.

— En fait, vous devriez vous abstenir de pleurer autant que ça vous sera possible parce que l’infection adore l’excès d’humidité !

Je me ressaisis tant bien que mal tout en m’asseyant sur le lit. Je sentis le médecin s’approcher pour soulever mon oreiller et le positionner correctement. Une fois assise, je baissai la tête en la hochant négativement.

Je n’arrivais pas à croire ce qui m’arrivait. Quelle horrible situation que la mienne ! Je songeai soudain que j’avais tout de même eu un accident cérébral, une sorte de mini AVC et je m’efforçai de voir les choses autrement. Je tentai de me convaincre que ça pourrait être bien pire. D’autres sont restés gravement handicapés et incapables de parler. J’avais eu de la chance, au fond.

Au cours de mes 32 années d’existence, j’avais appris à voir des éléments positifs dans tout ce qui m’arrivait de moins agréable. J’avais été mise au monde par des parents absents, qui me laissèrent livrée à moi-même dès l’âge de 12 ans. J’en avais développé un solide sens de l’autonomie, qui avait ensuite fait fuir un à un les hommes de ma vie. Ils préféraient une compagne moins « organisée », même si aucun d’eux ne l’avait franchement avoué. Voyant que je restais maintenant silencieuse, le médecin se recula de quelques pas et je l’entendis sortir discrètement de la chambre. Je me dis qu’il avait compris que j’avais besoin de temps pour absorber le choc. Je calai ma tête dans l’oreiller. Je me sentais étourdie par tout ce qui m’arrivait, mais c’était peut-être aussi un effet secondaire de ce qu’il m’avait donné pour me sortir du coma artificiel. Je poussai un long soupir et je me sentis sombrer dans le sommeil.

Ce qui me réveilla ensuite ce fut une odeur de parfum féminin. J’entendis des pas légers se diriger vers la droite. Un bruit de tissu qui frotte se fit entendre et la lumière envahit mes paupières cousues. Bien inutilement, je tentai encore une fois de les ouvrir. Je sentis ce terrible sentiment d’impuissance remonter en moi. De nouvelles larmes se mirent à couler sur mes joues.

J’entendis les pas s’approcher du lit. Je fis un effort pour me montrer tout de même accueillante envers cette personne que je devinais être une infirmière. Je me mis en position assise, replaçant de mon mieux mon oreiller dans mon dos.

— Bonjour, fis-je d’une voix étouffée par l’émotion tout en utilisant le coin du drap pour essuyer mes larmes.

Curieusement, elle ne répondit pas. Mais je la sentis poser ses doigts sur mon avant-bras gauche. Elle me serra délicatement, comme pour me faire comprendre qu’elle avait entendu ma salutation. Au moment où elle avait approché son bras, l’odeur du parfum s’accentua, comme si elle en avait échappé sur sa manche.

— Vous ne répondez pas ? demandai-je tout de même.

En lieu et place, elle serra mon avant-bras un peu plus fort, deux fois de suite.

Je compris qu’elle devait être muette. Je lui posai la question en ajoutant :

— Serrez mon bras une fois pour « oui » et deux pour « non », d’accord.

Elle serra doucement mon bras, une seule fois.

— Eh bien, nous faisons une bien curieuse équipe vous et moi, fis-je en tentant de mettre un peu d’humour dans la situation.

Elle serra délicatement mon bras une fois encore, mais cette fois j’entendis une sorte de gloussement sourd, comme si elle riait la bouche fermée. Une horrible idée me traversa aussitôt. Et si cette femme ne pouvait ouvrir la bouche tout comme moi je ne peux ouvrir les yeux !

Je n’osai évidemment pas évoquer cette possibilité que je jugeai tout de suite inspirée par mon état particulier. Tout de même, il me fallait tenter de me rassurer d’une manière ou d’une autre…

— Dites-moi franchement, ce docteur Maxime… est-il un bon médecin ? Suis-je en sécurité ici ?

Elle hésita à répondre, ce qui me glaça le sang. Soudain, elle lâcha mon avant-bras et je l’entendis s’éloigner pour quitter la chambre.

Je tentais de mon mieux de trouver une explication rationnelle à son attitude pour ne pas me mettre à paniquer. Elle a dû croire que j’étais encore sous l’influence des médicaments ou que mes propos étaient provoqués par le choc que j’avais subi, me dis-je. Elle avisera sans doute le médecin. Soudain, je me sentis remplie d’inquiétude à l’idée qu’elle écrive sur un papier ce que je lui avais demandé et qu’elle le remette à son patron. Je me trouvais sotte d’avoir agi comme je venais de le faire. J’étais toujours sous l’influence des médicaments, ça me semblait évident, sinon j’aurais été plus maligne.

Quelques heures passèrent pendant lesquelles je ne pus m’empêcher de naviguer entre différents scénarios dont quelques-uns me terrifiaient proprement.
Finalement, le docteur ouvrit la porte de la chambre en disant :

— Qu’avez-vous donc dit à mon Hélène ? Elle ne me semble pas aussi joviale qu’à l’habitude.

J’avais cru sentir une pointe de colère dans sa voix, mais l’infirmière ne lui avait rien dit à propos de mon questionnement pour le moins direct, ce qui me rassura. Il me fallait tout de même désamorcer la situation. J’étais sans défense aucune et je ne pouvais pas risquer de compliquer ma relation avec le médecin responsable de mes traitements. Je ne le savais que trop bien.

— Rien de bien particulier docteur, fis-je. Nous faisions la conversation et soudain elle est partie. Elle est très bavarde votre infirmière, je n’ai pas pu placer un mot, je vous assure !

Un silence envahit la pièce. Une seconde plus tard, le médecin éclatait d’un rire sonore.

— Vous commencez déjà à aller mieux, à ce que je vois. C’est bon signe.

— Je ne vois pas la vie en rose pour autant, je vous le précise quand même, fis-je sur un ton mi-figue mi-raisin. J’en suis encore à assimiler ce que vous m’avez annoncé hier, ce qui va certainement me demander du temps.

Je l’entendis s’approcher et glisser sur le lit un plateau duquel émanaient des odeurs de toast, de gruau chaud et de café. Toujours en position assise, je me penchai vers le plateau dont je sentais la présence sur les draps pour humer la nourriture. Je tâtai avec délicatesse pour identifier les éléments. Quelques secondes plus tard, je buvais une gorgée de café avant de plonger une cuillère dans le plat de gruau.

Entre deux bouchées, je m’adressai au médecin resté à proximité :

— Vous vous êtes renseigné sur moi ou quoi ? Je prends exactement le même petit déjeuner tous les matins, du pain rôti, un bol de gruau et un café.

— Ne vous inquiétez pas pour ces détails, répondit-il d’une voix soudainement remplie d’empathie, au point que cela me parut même un peu exagéré.

Il ajouta :

— Je reviendrai prendre soin de vous tout à l’heure.

Je l’entendis s’éloigner, ouvrir puis refermer une porte derrière lui. Son départ n’était pas pour me déplaire, car je me sentais incommodée de manger devant lui sans disposer de ma vue pour ajuster mes gestes. L’instant d’avant, j’avais failli renverser ma tasse de café sur ce vêtement que je portais et que je devinais être une jaquette d’hôpital. Je terminai mon petit déjeuner en quelques minutes à peine lorsque je réalisai que j’avais grand besoin d’aller à la toilette.

J’entrepris de soulever le plateau et de le poser sur le pied du lit, pendant que je repliais mes jambes sous mon corps. J’y arrivai sans trop de mal, m’étant assurée de ne pas laisser une seule goutte de café au fond de la tasse pour mieux éviter les dégâts éventuels. Ensuite, je glissai ma jambe droite hors du lit et je posai mes orteils au sol. Il était froid, comme l’est la céramique. Je sentis que mon vêtement d’hôpital était ouvert dans le dos, qu’il laissait passer l’air. Je posai mon second pied et je me levai doucement, m’attendant à me sentir étourdie. Dans cette éventualité, je conservai une main sur le lit, prête à me rattraper à tout moment.

Toutefois, je ne ressentis aucun malaise, ce qui m’étonna grandement puisque j’avais été tenue immobile au lit des jours entiers selon le médecin. Il me semblait que je récupérais drôlement vite. Je pris tout de même une seconde ou deux pour rester debout, immobile et écouter tout autour de moi. Je n’entendais pas un bruit, pas un son, même pas un avion passant au loin, rien.

Je trouvai tout de suite ce silence plutôt inquiétant, même anormal. Une chambre d’hôpital comporte des fenêtres et qui dit fenêtres dit vent, chants d’oiseaux, etc. Sans m’en rendre compte, je comptais sans doute un peu sur les bruits ambiants habituels pour me donner une image de l’endroit où je me trouvais. Là, tout ce que je percevais, c’était cette lumière un peu plus vive sur ma droite où devait sans doute se trouver une fenêtre.

Balançant tout doucement les bras devant moi pour détecter les objets, j’entrepris de faire quelques pas dans la chambre. Je trouvai ainsi une table à roulettes et un fauteuil en cuir, tourné vers la lumière, donc vers la fenêtre. Je découvris ensuite des tablettes le long d’un mur, des tablettes sur lesquelles se trouvaient de menus objets décoratifs. Finalement, j’effleurai enfin une poignée de porte.

Tout au long de ma lente progression, je m’étais fait mentalement un plan des lieux et je savais que cette porte ne pouvait être celle par laquelle le médecin et l’infirmière arrivaient. Ce devait donc forcément être soit la porte de la toilette ou celle d’un placard.

J’entrai et rien qu’à l’odeur de produits désinfectants, je sus que c’était bien l’endroit que je cherchais. Je refermai la porte derrière moi et je tâtai tout autour pour repérer l’évier. Il y avait un verre posé sur une tablette. Plus loin, je tâtai les pourtours de la douche et enfin je trouvai la cuvette. Je commençais à avoir un besoin pressant.


La porte d’entrée de la chambre s’ouvrit. Je reconnus les pas d’un homme.

— Bonjour à nouveau, docteur Maxime, fis-je.

Il ne répondit pas sur le champ. Je le sentis tourner sur ses pieds. Il devait être surpris, car je ne me trouvais plus dans mon lit. Comme j’en avais plus qu’assez de rester allongée, je m’étais assise dans le fauteuil de cuir faisant face à la fenêtre que je devinais. Il était donc maintenant derrière moi et son silence me confirma sa surprise. Il s’attendait à me voir à un endroit… j’étais ailleurs !
Ce simple petit jeu me fit du bien, je le sentis nettement. C’était comme s’il me permettait de reprendre ne serait-ce qu’une infime partie de mon autonomie.

— Bon sang, mais vous progressez bien plus rapidement que je ne l’aurais cru, lança-t-il finalement.

— Vous dites ça comme si vous étiez un peu déçu, me semble-t-il, docteur Maxime.

— Ah non, pas du tout, bien au contraire. C’est la surprise, je vous assure.

À l’instant, je l’avais senti mal à l’aise ce qui me laissa songeuse à nouveau. Pour lui, mon petit jeu anodin semblait avoir une toute autre perspective. Soudain, les éléments étranges commencèrent à s’ajouter les uns aux autres.

D’abord, cet accident cérébral dont je n’avais pas le moindre souvenir, ensuite ce réveil dans une clinique à l’ambiance particulière, visiblement située dans un lieu retiré. Puis il y avait l’absence de voix dans les alentours, de bruit de voitures et même de chants d’oiseaux, comme si je me trouvais dans une chambre insonorisée. Et cette infirmière muette qui hésite à répondre à la question : Suis-je en sécurité ici ? – Sans compter ce médecin duquel émane quelque chose d’étrange.

Un frisson me parcourut tout le corps. Et si j’avais été enlevée, me dis-je en sentant monter en moi un sentiment de panique et une envie de pleurer promettant d’être d’une rare intensité. J’eus d’ailleurs bien du mal à la dominer. Je ne voulais surtout pas que l’homme prenne conscience de mon désarroi.
Je songeai à ma petite exploration des lieux, un peu plus tôt, et je regrettais de ne pas avoir pris la peine de vérifier si la porte d’entrée était verrouillée ou non. Je me voyais maintenant dans l’incapacité de savoir si mes idées noires étaient inspirées par mon état ou si, au contraire, je me trouvais dans une situation bien pire encore que celle qui m’avait été décrite la veille.

— J’ai à cœur votre guérison complète, soyez-en certaine…, fit-il.

— Isabelle ! fis-je.

— Pardon ?

— Vous semblez hésiter à prononcer mon nom, assez curieusement d’ailleurs… c’est Isabelle.

Je n’avais pas terminé cette phrase que je la regrettais déjà. Je me sentais dans tous mes états et j’avais un mal de chien à ne pas lui demander des comptes, des explications qui se tiennent. Cette histoire de prénom n’était sans doute pour moi qu’une autre manière de prendre un certain ascendant sur celui dont je dépendais maintenant totalement, que je le veuille ou non.

— Je sais bien quel est votre nom… Isabelle. Je suis votre médecin traitant.

Je me dis que si c’était vraiment un médecin, je ne devais pas me le mettre à dos. Et que si c’était quelqu’un ayant des intentions que je n’arrivais pas encore à cerner, alors je devais encore moins l’indisposer. Privée de la vue, j’étais aussi vulnérable qu’un petit enfant.

Je devais me résoudre à me soumettre à sa volonté et c’est justement ce qui me semblait le plus terrifiant. Je n’osais trop l’envisager, mais je me disais que si j’avais été enlevée par un désaxé, il aurait pu me coudre les paupières afin de m’éviter de m’enfuir. Ce serait pour le moins radical, mais sans doute efficace. Ça lui permettait aussi de me faire croire aisément que je me trouvais dans un hôpital.

Je chassai ce sombre scénario de mes pensées et d’une voix mielleuse je fis :

— Pardonnez-moi. C’est la perte de la vue qui me rend folle. Je n’arrive pas à m’y faire, docteur. Vous savez, c’est vrai que physiquement je me sens déjà bien, mais psychologiquement c’est autre chose.

Il s’approcha de mon fauteuil en soupirant longuement et je le sentis s’accroupir sur ma droite. J’avais posé les mains sur chacun des bras du fauteuil et je m’attendais à ce qu’il me touche la main droite, mais il s’en abstint. Le ton de sa voix se fit soudainement différent, il était doux et se voulait résolument rassurant :

— Je vais faire tout ce que je peux pour vous aider, je vous le promets.

Il s’approcha ensuite de mon oreille au point que je sentis son souffle. Il se mit à chuchoter comme on le ferait avec un enfant duquel on veut toute l’attention :

— Je ferai tout ce que je peux pour vous rendre vos yeux dans les meilleurs délais, faites-moi confiance, Isabelle.

Je jugeai plus prudent de ne répondre que par un signe de tête. Après tout, sa voix trahissait la soixantaine avancée et l’homme pouvait bien avoir un comportement un peu bizarre avec ses patientes. Il les traitait peut-être comme ses enfants. C’est du moins vers ce raisonnement que je me tournai afin de dédramatiser, car je n’avais pas aimé du tout le savoir aussi près de moi. Il aurait voulu me faire sentir que j’étais sous son emprise qu’il n’aurait pas agi autrement, me semblait-il. Mais le ton de sa voix ne trahissait aucune volonté de me faire sentir quoi que ce soit de ce genre, heureusement.

— Alors, quelle est la suite pour moi, docteur Maxime ? Je veux dire, quels traitements allez-vous me prescrire. Je dois m’attendre à quoi au juste ? Je suis certaine que vous comprenez ma curiosité !

Il se releva et fit quelques pas vers l’endroit où devait se trouver la fenêtre. Je distinguais vaguement l’ombre que son corps provoquait, mais il m’était impossible de deviner sa taille. Ce n’était qu’une ombre informe, comme lorsqu’on regarde une ampoule les yeux fermés et qu’on passe sa main devant son visage au même moment.

— Ce qu’il y avait à faire a été fait, vous savez. Le reste est une question de temps. Il vous faut accepter votre nouvelle situation, même si elle n’est que temporaire. C’est là que réside tout le défi pour vous. Comme je vous l’ai expliqué hier, il vous faut être patiente. En gardant vos paupières closes, je protège vos yeux du contact de l’air et de la lumière. Je maintiens leur température stable. Ce sont des facteurs déterminants pour arriver à vaincre l’infection à coup sûr.

Je ne dis rien, j’étais bien trop occupée à lutter intérieurement pour ne pas éclater en sanglots. Toutefois, encore une fois quelque chose me disait que je devais me méfier, que cette histoire de perte de vision n’était pas nette, c’était le cas de le dire.

— Bien, mais vous devez avoir un moyen de suivre et d’évaluer où en est cette infection, n’est-ce pas ?

— Bien entendu, une fois par semaine je ferai les tests nécessaires et dès que possible je vous retirerai ces fils qui tiennent vos paupières fermées.

— Voilà qui est encourageant alors, docteur. Au moins, y a de l’espoir.

— Évidemment, fit-il en s’en retournant pour marcher vers la porte de la chambre.

J’entendis ensuite qu’il manipulait des papiers.

— Voilà, j’ai posé ici, sur une tablette près de la porte ces documents que votre employeur m’a demandé de compléter, à propos de votre absence prolongée. Je les ai signés et il les a reçus, alors tout est en ordre. Vous êtes la responsable d’un important département d’informatique dans une grande entreprise. C’est assez impressionnant, je dois dire.

— Merci, c’est gentil, fis-je avec courtoisie, heureuse d’apprendre que ma présence en ce lieu était connue de mon employeur, que je n’avais peut-être pas du tout été enlevée par un cinglé, finalement. Je choisis cependant de profiter du fait qu’il parle de mon travail pour valider une impression qui ne me quittait plus depuis mon réveil :

— Vous pourriez m’apporter un téléphone, s.v.p. docteur ? Je voudrais appeler mon assistante, justement, pour lui donner quelques directives concernant un dossier important.

Un silence envahit la pièce, puis le médecin balbutia quelques mots incompréhensibles avant de se ressaisir et dire plus clairement :

— Ce ne sera pas possible, j’en ai bien peur. Cette clinique n’a jamais eu recours au téléphone, croyez-le ou non. Comme vous l’avez sans doute remarqué, nos chambres sont insonorisées et ne laissent passer aucun bruit. Les conversations téléphoniques, les SMS, le stress des contacts avec l’extérieur par le téléphone ou par le biais de visiteurs, tout ça est incompatible avec ce que doit être un lieu de guérison. Et nos patients, même s’ils se montrent parfois un peu contrariés au début, l’apprécient grandement au bout du compte. Cependant, je pourrai prendre en note votre message et un membre de mon personnel le fera parvenir à votre assistante via Internet.

Cette réponse raviva d’un trait toutes mes craintes, y compris les plus folles. J’étais isolée du reste du monde ! L’homme, médecin ou non, quitta la chambre sans attendre ma réaction et je me retrouvais seule avec mes plus terribles appréhensions. Je n’avais pas envie de découvrir que j’avais été enlevée. Je préférais cette histoire de clinique éloignée de tout et une récupération dans un silence complet. Je préférais de loin croire à un vieux médecin un peu particulier, attaché au silence au point d’engager une infirmière muette. N’empêche que la perspective d’être prisonnière d’un désaxé ou d’un tueur en série qui s’amuse à jouer au docteur avec ses victimes me terrorisait proprement.

J’avais donc un intense besoin de certitudes. Je me levai de mon siège et je tendis les bras devant moi pour marcher dans la direction de la porte de la chambre. J’en trouvai la poignée sans mal. Je n’avais maintenant qu’à la tourner pour savoir si j’étais retenue prisonnière ou si j’étais vraiment une simple patiente. Je posai la main sur la poignée…

CHAPITRE 2

Au matin du troisième jour, je venais de prendre une douche et j’en avais profité pour passer tout doucement mes doigts sur mes paupières. J’en avais exploré délicatement les coutures que je sentais sans peine. J’en étais ensuite arrivée à sentir ce petit orifice dont le docteur m’avait parlé peu après mon réveil, pour évacuer les larmes.

Ce qui m’avait donnée une idée. Je m’étais délicatement contorsionnée la paupière de l’œil droit afin de tenter d’aligner l’orifice vers le centre de mon œil, tout en tournant ce dernier vers l’intérieur. L’exercice devint vite douloureux au point de me donner mal à la tête et je dus abandonner.

C’est à ce moment qu’un bruit attira mon attention. Je collai l’oreille à la porte de la salle de bain pour mieux entendre. Distinctement, je perçus le bruit des ustensiles et du plateau qu’Hélène venait sans doute de déposer sur la table à roulettes, près du lit, comme elle l’avait fait pour les repas de la veille. J’achevai d’enfiler mon vêtement d’hôpital et je sortis la rejoindre en étendant le bras de droit pour me guider.

— Bonjour, Hélène, je devine que c’est vous, je reconnais votre parfum, fis-je. Je l’entendis prendre un ustensile et elle s’en servit pour frapper tout doucement un coup sur le plateau.

— Est-ce que je pourrais manger assise dans le fauteuil ? J’en ai plus qu’assez de rester au lit, vous savez…

Elle fit tinter l’ustensile une nouvelle fois.

— À la bonne heure, fis-je en tentant de me montrer reconnaissante. J’étais résoluè à m’en faire une alliée, car après tout elle était la seule personne en dehors du docteur avec laquelle j’avais des contacts.
Je l’entendis manipuler la petite table. Elle la déplaça dans la direction où se trouvait le fauteuil, toujours face à la fenêtre.

— Ça y est, je peux venir m’assoir ?

J’entendis une nouvelle fois le son métallique de l’ustensile et je m’avançai en trainant les pieds sur le sol. Je trouvais un peu curieux qu’elle ne vienne pas me guider jusqu’au fauteuil, mais je me dis qu’elle devait avoir reçu l’ordre de me laisser me débrouiller afin que je gagne en aisance dans mes déplacements. Ce qui me fit prendre conscience que je n’avais toujours aucune idée de ce que serait la durée de mon aveuglement.

Je touchai le dossier du fauteuil et j’entendis Hélène reculer d’un pas, comme si elle voulait éviter que je la touche, ce qui me sembla étrange. Je pris bien garde de ne pas faire de trop grands gestes et je tâtai pour sentir le bras du fauteuil, ensuite la table et finalement le plateau. Je pus me glisser dans le siège sans rien déplacer, pour ensuite attirer la table vers moi.

L’infirmière allait quitter la pièce. Le moment me parut opportun de poser une question, que j’avais préparée cette fois :

— Avant de partir, Hélène, puis-je vous poser une question.

J’attendis un petit coup sur quelque chose que je ne pus vraiment identifier. Comme j’hésitais, elle utilisa cette fois la semelle de sa chaussure qu’elle frappa clairement une fois sur le parquet.

— Bien, alors pouvez-vous me dire si je pourrais avoir mes vêtements de ville ?

Cette fois, elle ne répondit pas.

— Si vous ignorez la réponse, tapez 3 coups s.v.p.

Elle s’exécuta. J’en conclus que le médecin était celui qui avait le pouvoir de me rendre mes vêtements, mais pas elle.

— Et, dites-moi, ce docteur Maxime que je n’ai pas encore vu évidemment, il est bien médecin n’est-ce pas… je veux dire, c’est un vrai docteur ? Parfois j’ai un doute. Vous savez quand on n’y voit rien, il est facile de se faire des idées.

Cette fois, c’est sans hésiter qu’elle frappa le sol d’un seul coup, fort et sec.

— Vous me rassurez, Hélène. Merci. Je deviens sans doute un peu paranoïaque. Tenez, pas plus tard qu’hier, je m’étais imaginé que j’étais prisonnière dans cette chambre. La belle affaire. Je suis même allé tâter la poignée de la porte d’entrée pour constater que je pouvais sortir tout à fait librement de la pièce.

Il y eut un silence. Je me serais attendue à ce qu’elle tape du pied une fois pour confirmer que j’étais bien libre de mes mouvements, mais elle s’en abstint, ce qui ne fit que m’inquiéter davantage. Je tentai de ne rien laisser paraitre de mon état d’esprit, car même si je la savais derrière mon siège, elle pouvait, je l’imaginais, voir le reflet de mon visage dans la fenêtre de la chambre.

Je l’entendis ensuite se diriger vers la porte et sortir après une courte hésitation, comme elle si elle avait eu envie de me dire quelque chose sans pouvoir le faire.
Je venais d’aborder un sujet délicat, j’en étais certaine, car j’avais effectivement remarqué que la porte n’était pas verrouillée durant le jour, mais la nuit, j’avais constaté le contraire.

À deux reprises, je m’étais levée en pleine nuit pour aller au petit coin et, au cas où une caméra surveillait la chambre, j’avais fait semblant de me tromper de direction tant j’étais endormie. Ce qui m’avait permis de tâter la poignée un instant, avant de m’orienter correctement vers la toilette.


Un peu plus tard dans la journée, le docteur revint. Cette fois, il entra après avoir frappé à la porte, ce qui me surprit quand même un peu, car il ne l’avait pas fait auparavant. Peut-être, pensai-je, l’ai-je remis à sa place lorsque je lui ai tenu tête. Je me montrai heureuse de sa visite et il réagit si bien que je me dis que j’avais tout intérêt à poursuivre dans cette voie.

Après avoir échangé quelques mots sur mon état, il me demanda de venir prendre place sur le lit afin qu’il puisse m’ausculter. Je vins vers lui en balayant les bras doucement et je touchai le lit sur lequel je pris place. Lui non plus ne me proposa pas son aide pour me guider. Je ne savais trop quoi en penser, mais j’optai pour une certaine gêne de sa part devant le fait que je démontrais de la détermination malgré mon état.

Il se décala sur ma droite pour me laisser m’installer en position assise sur le bord du lit, puis il s’approcha si près que je sentis son souffle sur mon visage.

— Je vais prendre votre température, fit-il, mais d’abord faites « AAAAH ! »

J’ouvris la bouche. Il regarda sans doute ma gorge puis et il plaça un thermomètre sous ma langue. Il souleva ensuite mon bras droit et remonta ma manche pour prendre mon pouls. J’étais dans un état de vigilance extrême, cherchant à distinguer dans ses gestes ou ses paroles des éléments démontrant s’il était ou non un vrai médecin.

Je le sentis soudainement s’approcher à nouveau de mon visage, bien qu’il retint son souffle cette fois. Il se trouvait si près que, sans le thermomètre qui dépassait de mes lèvres, j’aurais pu le croire sur le point de m’embrasser.

La situation me parut confuse. Que regardait-il ainsi ? Était-il penché sur l’ouverture de mon vêtement, en train de regarder mes seins ? Cette idée me parut moins ridicule que troublante. Pourquoi un médecin s’attarderait-il à pareil petit jeu ? D’autant plus que j’avais été dans le coma pendant un temps et que s’il avait voulu se rincer l’œil, il avait eu tout le loisir de le faire !

— Je ne vois plus de rougeurs autour de vos yeux, finit-il par dire. C’est bon signe.

Voilà donc la raison pour laquelle il se tenait si près. Il étudiait par le détail le contour de mes paupières, à la recherche de traces d’infection. Cette constatation me fit du bien.

Il reposa mon avant-bras et retira le thermomètre de ma bouche pendant que je me sentais une parfaite idiote de l’avoir imaginé en train de me regarder les seins.

— Alors, dis-je aussitôt, si c’est bon signe, quand pensez-vous pouvoir libérer mes paupières, docteur Maxime ? Je vous en prie, donnez-moi une réponse valable. Je suis bien traitée ici, mais les journées sont interminables et je deviens folle à ne rien faire. Je m’imagine toutes sortes de choses idiotes.

— Ah oui, tiens c’est amusant ça, fit l’homme sur un ton enjoué. Je paris que je suis un faux médecin et que vous vous trouvez dans une fausse clinique, ou quelque chose du genre, non?

Je faillis m’étouffer avec ma salive tant je fus surprise. L’infirmière lui a de toute évidence rapporté mes questionnements, me dis-je.

— Il ne faudrait pas exagérer, répondis-je. Ce qui me trouble surtout, je vous l’avoue, c’est de n’avoir aucun souvenir de cet accident cérébral ! Sans compter que se retrouver dans une clinique privée loin de tout, à ce que vous m’avez laissé entendre, au lieu d’un hôpital, ce n’est pas rien non plus. Ceci dit, je sais bien que je n’ai pas à m’inquiéter. Je ne vous vois pas, mais vous me semblez savoir ce que vous faites, ajoutai-je pour tenter de le rassurer un peu. Et je constate avec mes tâtonnements que cette chambre est impeccable, bien tenue et correspond parfaitement à une chambre de clinique privée de niveau supérieur.

— Je suis content de l’entendre. Vous récupérez à une vitesse surprenante, chère patiente. Et pour répondre à votre question de tout à l’heure, je prévois que la semaine prochaine nous pourrons faire un essai et libérer vos paupières de leur entrave.

Cette nouvelle me remplit de joie et je le remerciai avant qu’il ne quitte la pièce une nouvelle fois. Une petite voix me disait quand même de rester sur mes gardes, que cet engagement à me rendre la vue pourrait bien être une manœuvre pour s’assurer une petite semaine sans trop d’inquiétude, quant à mes états d’âme. S’il avait voulu faire taire au moins pour un temps les doutes que je nourrissais à son endroit, il n’aurait pas agi autrement.

Je me promettais de rester vigilante et de détecter le moindre indice, la moindre anomalie dans ce qui allait se passer durant la semaine à venir. Je n’allais peut-être pas alimenter mes doutes, ce qui n’était pas plus mal, mais je n’allais certainement pas les nier.


Cette satanée semaine mit des mois à passer dans mon esprit. Ces journées à ne rien faire, ne rien voir, ne rien entendre devenaient autant de cauchemars se succédant à l’identique.

C’était au point que j’avais fini par demander au docteur de me donner un médicament pour m’engourdir un peu. J’avais passé des heures à dormir. C’était tout de même mieux pour le moment que de réfléchir et me faire continuellement des scénarios effarants.

Ce qui m’avait tout de même un peu aidé à me distraire, c’étaient les brèves visites d’Hélène m’apportant mes plateaux-repas. J’avais tout de même progressé un peu avec elle, mais vraiment très peu. De peur de l’indisposer, je n’avais posé aucune de ces questions qui me brulaient parfois les lèvres. Je ne l’avais interrogée que sur des banalités. C’est ainsi que j’appris que la clinique n’avait pas d’autres patients que moi en ce moment. Ce qui ne manqua pas d’alimenter à nouveau de terribles doutes sur ma réelle situation.

Toutefois, elle répondit « oui», en tapant du pied lorsque j’osai lui demander si elle rentrait chez elle tous les soirs après le travail. J’avais noté la spontanéité de sa réponse, alors qu’elle ne pouvait que difficilement anticiper ma question. Je la jugeai sincère. Ce qui me rassura et me fit réaliser que j’avais probablement trop d’imagination.

Je m’efforçai alors de penser à d’autres choses, d’autres sujets. Je pensais par moments à mes parents. Je songeais à ma mère, une femme forte, intense, féministe. Une enseignante bien de son temps. Elle disait que le monde fonctionne principalement à cause des femmes et que sans elles, il y a longtemps que les hommes seraient disparus de la surface de la Terre. Elle était exigeante, elle aurait souhaité que dès l’âge de 12 ans je fasse miennes les valeurs féministes. Mon père tempérait de son mieux, heureusement.

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